Est-ce que certaines personnes ont plus de risque que les autres de poser des gestes criminels simplement à cause de leurs caractéristiques cérébrales spécifiques? C’est la question à laquelle je vais tenter de répondre. Mais d’aborder la criminalité, je dois vous transmettre quelques informations de base pour bien comprendre la suite.

Le lobe frontal, représenté par la partie colorée, se divise en deux parties distinctes : le cortex préfrontal et le cortex moteur.

Cortex préfrontal et cortex moteur du lobe frontal

Le cortex préfrontal est sollicité pour les fonctions jugées plus complexes, c’est-à-dire la planification, l’attention, le raisonnement, la récupération de l’information en mémoire de travail, etc. Il se divise en plusieurs parties, mais nous nous intéresserons particulièrement à ces 3 régions :

cotex orbitofrontal, cortex cingulaire antérieur et cortex préfrontal ventromédian

Erreur de Jugement derrière la criminalité

Le jugement moral est régi par le cortex préfrontal ventromédian(CPFvm). On distingue deux types de jugement : impersonnel et personnel. Une lésion de cette région modifie le jugement personnel pouvant mener à des comportements jugés immoraux par la plupart des gens. 

Jugement impersonnel  

Autant chez les personnes qui ont une lésion au CPFvm que chez ceux qui n’en ont pas, le même comportement est choisi : On préfère tirer le levier et faire dévier le train sur une personne au lieu de cinq. C’est impersonnel, car l’accent n’est pas mis sur les personnes. En effet, elles sont toutes dans la même situation et on ne peut leur accorder aucune caractéristique personnelle. C’est mathématique.

Jugement impersonnel

Jugement personnel

La majorité préfère laisser cinq personnes mourir plutôt que pousser une personne sur le rail pour faire dévier le train (et sauver les cinq autres).  Pousser une personne précise comporte une composante émotionnelle qui rend le geste plus difficile à poser pour la plupart des gens. Toutefois, lorsqu’on présente cette situation à des gens qui ont une lésion au CPFvm, ils vont généralement choisir de pousser la personne pour sauver les cinq autres.

Jugement personnel

Le manque d’empathie  dans la criminalité

L’empathie est une émotion sociale qui nous empêche de faire du mal aux autres puisqu’on est capable de ressentir leur détresse; se mettre à leur place. J’aimerais vous présenter deux études qui se sont penchées sur le rôle de l’empathie et la criminalité.

La psychopathie, criminalité

Malgré les résultats de cette étude, il est important de mentionner qu’on ne peut pas se baser uniquement sur l’activité cérébrale pour savoir si une personne a des traits de psychopathie.

Empathie, criminalité

Jouer à Jean Dit avec les bandits

Il est possible d’estimer le risque de récidive d’un détenu avec un test. En effet, le meilleur moyen pour prédire ce comportement consiste à regarder son activité cérébrale pendant qu’il effectue une tâche Go/No-Go.

bandit, criminalité

Le Go/No-go est un test servant à évaluer l’impulsivité d’une personne en s’intéressant à sa capacité à inhiber un comportement. On présente 2 types de stimuli : lorsqu’elle perçoit le stimulus Go, elle doit faire une action et si elle voit le stimulus No-Go, elle ne doit pas faire l’action. L’exemple sans doute le plus connu de Go/No-Go serait probablement le jeu pour enfant Jean Dit où dire « Jean dit… » est le stimulus Go et ne pas dire « Jean dit… » avant une phrase est le stimulus No-Go. Toutefois, en laboratoire, on procède plutôt ainsi :  si A est le stimulus Go et a le stimulus No-Go, lorsqu’il voit un A, il doit appuyer sur la barre d’espacement, et lorsqu’il voit un a, il ne doit pas appuyer.

Go, no Go

Puisqu’elle est contrainte à prendre ces décisions rapidement, il est difficile d’inhiber son comportement avant d’appuyer. En mesurant leur activité cérébrale, on constate une chose : Moins le cortex cingulaire antérieur est actif pendant la tâche, plus la probabilité de récidive est élevée.

Sources

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Darby, R. R., Horn, A., Cushman, F., & Fox, M. D. (2018). Lesion network localization of criminal behavior. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America115(3), 601–606. https://doi.org/10.1073/pnas.1706587115

Decety, J., Skelly, L. R., & Kiehl, K. A. (2013). Brain response to empathy-eliciting scenarios involving pain in incarcerated individuals with psychopathy. JAMA psychiatry70(6), 638–645. https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2013.27

Motzkin, J. C., Newman, J. P., Kiehl, K. A., & Koenigs, M. (2011). Reduced prefrontal connectivity in psychopathy. The Journal of neuroscience : the official journal of the Society for Neuroscience31(48), 17348–17357. https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.4215-11.2011

Singer T, Seymour B, O’Doherty J, Kaube H, Dolan RJ, Frith CD. Empathy for pain involves the affective but not sensory components of pain. Science. 2004;303(5661):1157‐1162. doi:10.1126/science.1093535

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