Le stress a mauvaise réputation. Toutefois, pour survire dans un environnement hostile, il nous a été primordial. Lorsque nos ancêtres faisaient face à un danger tels un animal sauvage, un ravin vertigineux ou une confrontation violente, le stress leur a permis d’atteindre un état de vigilance afin de se préparer à affronter ou à fuir la menace. De nos jours, bien que nous tombons rarement nez à nez avec un mammouth, le stress peut être induit par une panoplie de situations que nous appelons des stresseurs.

Les stresseurs

Il existe en existe deux types. Toutefois, les deux vont déclancher la même réponse de stress.

Stresseurs absolus

Les stresseurs absolus représentent l’ensemble des situations qui sont menaçantes de façon inhérente. La réaction de stress ne dépend donc pas de l’interpretation que fait la personne de la situation. Ce sont généralement des stresseurs qui mettent notre survie en péril.

Ours, stress

Ex.: La plupart des gens viveront un stress s’ils croisent un ours ou s’ils vivent un violent tremblement de terre.

Stresseurs relatifs

Un stresseur relatif aura un effet différent d’une personne à l’autre, car il dépend de l’interpretation que nous faisons de la situation. L’intensité du stresseur relatif varie en fonction de 4 facteurs formant l’acronyme CINÉ:

  • Contrôle : Avoir l’impression de ne pas maitriser la situation
  • Imprévisibilité : Sentir que nous ne sommes pas en mesure de prévoir les évènements à venir
  • Nouveauté : Être confronté à une situation pour la première fois
  • Égo : Sentir que la représentation que nous nous faisons de nous même est menacé par la situation
Bonhomme sur scène, stress

Ex.: Lors d’une présentation orale, certains seront stressés puisqu’ils interprettent la situation comme étant une grande menace à leur égo tandis que pour d’autres pourrait ne vivre aucun stress puisqu’ils ne juge pas la situation pourrait modifier la manière dont ils se perçoient.

Réaction au stress

En réaction à un stresseur, on traverse deux grandes phases. La première phase début lors de l’activation du système nerveux sympathique (SNS) tandis que la deuxième phase s’enclenche lors de l’activation de l’axe hypothalamo-pituito-surénalien (axe HPS). C’est pendant cette deuxième phase que la libération de cortisol dans le sang augmente.

(On fait souvent référence au cortisol en le nommant l’hormone du stress)

Phase 1 : Réaction d’alarme (SNS)

Lorsque nous percevons une menace dans l’environnement, il est important de pouvoir réagir rapidement pour y faire face. Les structures du système nerveux sympathique (SNS), activées par l’adrénaline, permettent de se mettre très vite dans un état propice à la survie.

En effet, le SNS a plusieurs effets sur le corps le rendant plus efficace pour combattre ou fuire la menace. Le corps tente de réorganiser la distribution de l’énergie en maximisant les ressources des structures dont il a besoin pour survivre à court-terme (ses muscles, son cerveau, etc.) et en mettant sur pause d’autres fonctions qui ne sont pas nécessaire dans l’immédiat comme le système digestif.

Effets de l'activation du système nerveux autonome, stress

Phase 2 : Phase de résistance (Axe HPS)

L’ours est parti, la présentation orale est terminée, et pourtant le corps préfère rester vigilent encore un certain temps au cas où la menace reviendrait dans les minutes qui suivent. C’est pourquoi nous sommes dotés d’un deuxième système de vigilence qui peut être déployé sur une plus longue période de temps que le SNS : L’axe hypothalamo-pituito-surrénalien (axe HPS).

L’axe HPS

Oui, le mot est un peu long, mais le concept est plutôt simple. C’est une chaine de réaction qui pourrait se comparer à une course à relais. L’hypothalamus sécrète une hormone, le CRF qui atteint la pituitaire. C’est ce qui donne le signal à la pituitaire de libérer une autre hormone, l’ACTH qui se rend aux glandes surrénales. Finalement, les glandes surrénales sécrètent le cortisol. Lorsque cette hormone est libérée par les glandes surrénales, elle circule dans le sang pour atteindre différents récepteurs dans le corps. En se fixant aux récepteurs du corps (y compris le cerveau), le cortisol affecte nos fonctions.

Axe hypothalamo-pituito-surrénales du stress

Que nous vivions une journée stressante ou non, nous sécretons du cortisol tous les jours. On en sécrète selon un certain rythme puisqu’il rempli, entre autres, des fonctions immunitaires. Toutefois, lorsque nous vivons un stress, le taux de cortisol devient beaucoup plus élevé. Dans ce type de situation, le cortisol est adaptatif puisqu’il a des fonctions anti-inflamatoires et donne de l’énergie au corps ainsi qu’au cerveau en augmentant la disponibilité du glucose (le glucose est une source d’énergie pour le corps). Alors, nous sommes plus rapide et nos fonctions cognitives sont améliorées le temps de la situation stressante nous permettant de mieux l’affronter.

Récepteurs de type 1 et de type 2

Bien qu’une légère augmentation de la sércetion de cortisol puisse améliorer nos fonctions cognitives, une grande augmentation peut, au contraire, nous nuire. En effet, nous avons deux types de récepteurs à cortisol dans le cerveau. Puisque le cortisol a une preference pour les récepteurs de type 1, il va d’abord s’y fixer. Par contre, si les récepteurs de type 1 sont saturés, il se fixera aux récepteurs de type 2 également et cette situation est associé à une baisse des performances cognitive.

Puisque le taux de cortisol varie au cours d’une journée, la relation entre l’intensité du stresseur et la performance peut varier selon le moment où nous réalisons la tâche. Le taux de cortisol est à son maximum le matin, puis baisse au cours de la journée. Alors, une tâche très stressante le matin pourrait saturer les récepteurs de type 1 et amener le cortisol a se fixer aussi aux récpteurs de type 2. Donc, notre performance pour une même tâche serait moins élevé le matin que le soir. Au contraire, le soir, pour bénéficier des bienfaits du stress, le stresseur doit être d’une intensité un peu plus élevé puisque le taux basal de cortisol est bas à ce moment de la journée.

Régulation de l’axe HPS

Amygdale

Comme pour le système nerveux sympathique, l’amygdale est celle qui informe d’abord du danger l’axe HPS.

Amygdale
Hippocampe

L’hippocampe inhibe l’amygdale en lui rappelant les souvenirs liés à l’évènement stressant. Par exemple, si une personne vit un stress en voyant un serpent, l’hippocampe pourrait s’activer pour lui rappeler les fois où elle a été en contact avec ce reptile et qu’aucun drame n’est survenu. Toutefois, si c’est une situation nouvelle, l’hippocampe ne pourra pas inhiber l’amygdale.

Hippocampe
Cortex préfrontal

Le cortex préfrontal est responsable des fonctions cognitives plus complexe comme le raisonnement. En prenant encore l’exemple du serpent, l’activité du cortex préfrontal pourrait permettre de rationnaliser la menance. Dans cette situation, on pourrait se dire que ce type de serpent n’est pas vénimeux ou bien que puisqu’il est dans un vivarium, il ne peut pas nous atteindre. De cette façon,il inhibe également l’amygdale. Plus l’amygdale est inhibé, moins le signal de dangé est puissant. Donc, moins de cortisol est sécrété.

Cortex préfrontal

Chez l’enfant, puisque le cortex préfrontal est encore en développement, il n’a pas accès de la même façon a ce système d’inhibition. Alors, il a généralement besoin d’une figure externe pour l’aider à rationnaliser les stresseurs.

Cortex préfrontal, amygdale et hippocampe

Perception du stress

Tant que le stress est passagé, il représente une réponse très saine pour faire face aux stresseurs. Toutefois, aujourd’hui, ont dépeint souvent le stress comme étant a éviter à tout prix. Paradoxalement, ce type de raisonnement peut engendrer une augmentation du stress chez certaines personnes. En effet, ceux qui voient le stress comme étant un mécanisme bénéfique pour surmonter les évènements difficiles ont tendance a vivre une phase de résistence plus courte puisque l’amygdale reçoit une grande inhibition par le cortex préfrontal. Au contraire, une personne qui voient le stress comme étant une nuisance va plutôt vivre une phase de résistence plus longue et va donc sécrété plus de cortisol.

Stess chronique

Bien que le stress soit sain pour réagir à un danger, il l’est beaucoup moins lorsque nous sommes exposée a une situation prolongée de stress. Le corps n’est pas fait pour rester toujours en état de vigilence. Dans cette situation, le cortisol est sécrété en grande quantité sur une longue période ce qui a un impact sur d’autres axes hormonaux. Le stress chronique pourrait nuire au système immunitaire et au système cardaque.

Quand je mentionne une situation de stress prolongée, je ne fais pas référence à un type de situation en particulier, mais bien à l’interpretation qu’une personne s’en fait. Ça dépend si la personne la perçoit comme étant menaçante ou non. Aussi la rumination peut contribuer au stress chronique. Lorsqu’on se remémore constemment des évènements stressant ou lorsqu’on les apréhendes, la réponse de stress vécue est la même que si nous les vivions pour de vrai. Alors, qui ne semble pas avoir une vie très stressante peut vivre un stress chronique à cause de son interpretation de la situation et à cause de la rumination.

Certaines personnes dotés d’une personnalité anxieuse sont des hyperdétecteurs de menace. Ça peut avoir un effet protecteur, mais ça augmente aussi la vulnérabilité au stress chronique.

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Sources

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